L’Europe est contrainte de reconnaître une réalité que beaucoup ont longtemps préféré taire : les hypothèses de sécurité de l’après-Guerre froide sont désormais obsolètes. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les signaux plus clairs de Washington et les avertissements de plus en plus directs des chefs militaires ont forcé une réévaluation. À Bruxelles comme dans les capitales nationales, l’Union européenne agit avec une urgence qui aurait semblé improbable il y a seulement dix ans – non pas parce que la guerre est inévitable, mais parce que l’impréparation est devenue inexcusable.
Pendant des décennies, la sécurité de l’Europe a reposé sur trois piliers indissociables : la diplomatie, l’interdépendance économique et la présence stabilisatrice des États-Unis à travers l’OTAN. Cette structure est aujourd’hui mise à rude épreuve. La guerre en Ukraine s’enlise, les alliances semblent plus conditionnelles et la confiance dans le soutien américain inconditionnel s’est érodée. Au sein des institutions européennes, le discours a évolué. Les responsables s’expriment moins en termes abstraits et davantage en termes d’échéanciers, de couloirs de transport, de stocks et de fenêtres de réaction. La question est désormais plus précise : il ne s’agit plus de savoir si l’Europe doit se préparer, mais si elle peut le faire à temps.
Cette pression n’est pas apparue soudainement. L’invasion russe a balayé la conviction longtemps ancrée que la guerre à grande échelle sur le continent européen appartenait désormais au passé. Parallèlement, les messages des États-Unis se sont faits de plus en plus explicites. Washington a clairement indiqué que l’Europe devait assumer une responsabilité bien plus grande en matière de défense – financière, industrielle et opérationnelle.
Fin 2024, les dirigeants de l’UE ont approuvé un prêt de 90 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine, réaffirmant ainsi leur engagement envers Kiev malgré une lassitude croissante au sein de la population. Peu après, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté des initiatives de défense visant à renforcer la dissuasion d’ici 2030. Ces mesures politiques ont été accompagnées d’avertissements publics d’une rare fermeté.
Le président russe Vladimir Poutine a laissé entendre que la Russie était prête à une confrontation prolongée, suggérant que les négociations pourraient bientôt devenir vaines. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a averti que la Russie pourrait cibler le territoire de l’OTAN d’ici cinq ans. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, est allé plus loin, prévenant que l’Europe avait peut-être déjà vécu son « dernier été de paix ».
Dans l’ensemble, le message des dirigeants européens en matière de sécurité est mesuré mais sans équivoque : le risque n’est plus théorique et le temps ne joue plus en faveur de l’humanité.
Public readiness, however, tells a more complex story. A recent Euronews poll asked citizens whether they would personally fight to defend EU borders. Of nearly 10,000 respondents, three-quarters said no. Fewer than one in five said yes. The results point to a widening gap between institutional planning and popular willingness.
That gap varies sharply by geography. Concern is most acute in countries closest to Russia. A YouGov survey found that Russian military pressure ranks among the top national threats in Poland, Lithuania, and Denmark. Across the EU more broadly, armed conflict now sits alongside economic instability and energy security as a leading public anxiety.
In Eastern and Northern Europe, urgency has translated into concrete preparation. Historical memory and proximity have shaped a more sober posture. Lithuania, Latvia, Estonia, Poland, Finland, and Sweden have moved faster than many western counterparts, not out of alarmism, but habit.
Lithuania has begun developing border defenses that blend technology and terrain, including drone surveillance and restored wetlands as natural barriers. Civil defense drills, emergency communication campaigns, and household preparedness guides have become routine. Latvia has introduced mandatory national defense education in schools.
Poland has reinforced its border with Belarus and expanded security education, including firearm safety in some secondary schools. Finland, Estonia, and Sweden have revived Cold War–era civil defense practices, publishing updated guidance on how citizens should respond to crises ranging from power outages to evacuation scenarios. In 2025, Sweden redistributed its “If Crisis or War Comes” guide to every household nationwide.
Search behavior mirrors this shift. In countries nearest Russia, queries such as “nearest shelter” and “evacuation kit” surged throughout 2025—suggesting that concern has moved from abstraction to daily awareness.
At the EU level, these national efforts are being matched by the most ambitious defense coordination push in the union’s history. European defense spending exceeded €300 billion in 2024. Under the proposed 2028–2034 budget, €131 billion has been allocated to aerospace and defense—five times the previous cycle.
At the center of this effort is Readiness 2030, endorsed by all 27 member states. Its objectives are blunt: enable military forces to move across EU borders within three days in peacetime and within six hours during emergencies. To achieve this, Brussels is working toward a “Military Schengen,” reducing bureaucratic friction that currently delays troop and equipment movement.
Roughly 500 infrastructure points—bridges, tunnels, ports, rail corridors—are being assessed and upgraded to support heavy military transport, with costs estimated between €70 and €100 billion.
En 2025, l’UE a lancé ReArm Europe, une plateforme de coordination visant à harmoniser les investissements de défense et à accélérer la production industrielle. Longtemps minée par la fragmentation et les doublons, l’industrie de défense européenne est désormais poussée vers la consolidation et l’interopérabilité.
Deux mécanismes financiers sous-tendent cette transition. Le Programme européen pour l’industrie de défense alloue 1,5 milliard d’euros à la recherche et à la production conjointes entre plusieurs États membres. L’enveloppe de financement des armements stratégiques fournit jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts au niveau de l’UE pour accélérer les acquisitions conjointes et en réduire les coûts.
Les pressions exercées par Washington ont accentué cette dynamique. La stratégie de sécurité américaine publiée en décembre a présenté l’Europe comme un partenaire affaibli et a renforcé l’idée qu’elle assumerait la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l’OTAN d’ici 2027. Lors du sommet de l’OTAN de 2025 à La Haye, les alliés se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2035 – un objectif que la plupart des États européens sont encore loin d’atteindre.
Les dirigeants européens ont réagi en soulignant qu’un partenariat stratégique n’implique pas de soumission politique. Cet échange a néanmoins mis en lumière un fossé transatlantique croissant et relancé des interrogations anciennes sur l’autonomie stratégique de l’Europe.
Les experts soulignent que le financement à lui seul ne permettra pas de remédier aux vulnérabilités de l’Europe. L’inertie réglementaire, la lenteur des procédures d’achat et les capacités industrielles limitées demeurent des obstacles majeurs. Les premières conclusions des évaluations de l’état de préparation de l’UE confirment la persistance de ces goulets d’étranglement.
La demande s’accélère cependant. Les demandes au titre du mécanisme SAFE avoisinent déjà les 50 milliards d’euros et couvrent la défense aérienne, les munitions, les drones, les missiles et les systèmes navals. Un préfinancement important est attendu dès 2026.
L’Europe se trouve désormais dans une situation délicate, entre prise de conscience et action. L’ère de la complaisance stratégique s’est discrètement achevée. La question cruciale demeure de savoir si l’urgence peut se traduire en capacités concrètes, avant que les circonstances n’en imposent les conditions.




